Mission Flash

A partir du jeudi 12 novembre prochain, j’entamerai avec mon collègue co-rapporteur Jean-Louis Thieriot, député de la 3ème circonscription de la Seine-et-Marne, une série d’auditions pour ce que l’on appelle une mission-flash, afin de produire un rapport d’information sur les difficultés que rencontrent nos entreprises industrielles avec les financements bancaires.

Quelques mots sur ma nomination comme co-rapporteure d’une mission-flash au sein de la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale : le lundi 9 novembre dernier, nous fêtions les trente ans de la mort du général de Gaulle. Le 22 novembre prochain, la France célèbrera l’anniversaire des 130 ans de sa naissance.

Inutile de rappeler le rôle de celui qui fut appelé le « connétable » dans l’Histoire de France lors de la Seconde guerre mondiale ; je voudrais plutôt souligner qu’il fut, en tant que fondateur de la Vème République, l’artisan de la construction d’une défense nationale et de sa doctrine.  Entre 1944 et 1946, de Gaulle consacra l’élargissement du rôle militaire des dirigeants politiques. Avec les bouleversements de la guerre, et l’apparition de l’arme nucléaire, il lui apparu incongru de maintenir une division entre les responsables politiques et militaires.

L’ordonnance du 4 avril 1944 imposa cet élargissement et le décret du 4 janvier 1946 lui donna des contours encore plus nets : portant organisation de la Défense nationale, il confirma le rôle majeur des deux fonctions politique (président du Gouvernement provisoire de le République française) et militaire (Chef d’état-major de la Défense nationale). Le décret en consacrera aussi l’unité, à la fois dans la préparation des forces armées en temps de paix, et dans leur emploi en temps de guerre. 

On assista dès lors à la systématisation de la vision gaullienne de la défense nationale, qui fut confirmée dans la Constitution de 1958. Outre l’importance du chef d’état-major des armées dans le processus décisionnel aux côtés du président de la République, de Gaulle rétablit la fonction de secrétaire général pour l’administration, créa un Centre d’études de prospective, un Service d’information et une délégation ministérielle à l’armement.

Le 3 novembre 1959, le général de Gaulle alors président de la République, prononça un discours devant les élèves de l’Ecole militaire de Saint-Cyr, dans lequel, fidèle à son intérêt pour la France et son Histoire, il rappela l’importance d’une conception de la Défense comme élément fondamental de la souveraineté nationale :

« Si vous considérez notre histoire – qu’il se soit agi des Mérovingiens, des Carolingiens, des Capétiens, du Premier ou du Second Empire, des Première, Deuxième, Troisième, Quatrième et Cinquième Républiques – vous discernez qu’à l’origine de l’État et à celle des régimes qui l’ont, tout à tour, assumé, il y eut toujours des préoccupations ou des nécessités de défense. Inversement, toute invasion, tout désastre national, ont amené, infailliblement, la chute du régime du moment. Si donc un gouvernement perdait sa responsabilité essentielle, il perdrait, du même coup, sa justification. Dès le temps de paix, il serait bientôt admis qu’il ne remplît pas son objet. »

C’est dans cet esprit que furent jetées les premières bases d’une ambition industrielle et bientôt technologique que la BITD (Base Industrielle et Technologique de Défense) représente aujourd’hui. Constituée d’une dizaine de grands groupes de taille mondiale et d’environ 4 000 PME/PMI (soit près de 200 000 emplois ayant un impact positif très important sur la balance commerciale), la BITD est complétée par un ensemble de moyens étatiques, comme des organismes de recherche, des centres d’expertise et d’essai, et des agences.

Là encore, il est utile de relire de Gaulle, en citant encore une fois le discours à l’Ecole militaire :

« Un pays comme la France, s’il lui arrive de faire la guerre, il faut que ce soit sa guerre. Il faut que son effort soit son effort. S’il en était autrement, notre pays serait en contradiction avec tout ce qu’il est depuis ses origines, avec son rôle, avec l’estime qu’il a de lui-même, avec son âme. Naturellement, la défense française serait, le cas échéant, conjuguée avec celle d’autres pays. Cela est dans la nature des choses. Mais il est indispensable qu’elle nous soit propre, que la France se défende par elle-même, pour elle-même, et à sa façon. S’il devait en être autrement, si on admettait pour longtemps que la défense de la France cessât d’être dans le cadre national et qu’elle se confondît, ou se fondît avec autre chose, il ne serait pas possible de maintenir chez nous un État. Le Gouvernement a pour raison d’être, à toute époque, la défense de l’indépendance et de l’intégrité du Territoire. C’est de là qu’il procède. En France, en particulier, tous nos régimes sont venus de là. »

S’il était encore avec nous, gageons que le général de Gaulle pourrait être rassuré quant à la situation de l’armée française. Comme le rappelait à juste titre Mme Françoise Dumas, la présidente de la Commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale le 6 octobre dernier au cours de l’audition de Mme Florence Parly, ministre des Armées, sur le projet de loi de finances pour 2021 : « L’élément principal du projet de loi de finances 2021 pour les crédits de la mission « défense » est le respect de la trajectoire de la loi de programmation militaire (LPM), ce qui consolide la remontée en puissance de nos armées. Pour la troisième année consécutive, le budget de la défense est en hausse. Il s’établit à 39,2 milliards d’euros, en augmentation de 1,7 milliard par rapport au PLF 2020. La comparaison entre la loi de finances initiale de 2017 et ce projet de loi de finances (PLF) montre une hausse globale des crédits de 6,8 milliards, soit 21 % – ce n’est pas rien ! »

Ainsi, point de souveraineté française sans défense nationale, et point de défense nationale sans la vitalité de l’armée et de l’écosystème que représentent les entreprises capables d’approvisionner et de maintenir en condition opérationnelle les équipements de notre armée. La BITD doit être soutenue pour la simple et excellente raison qu’elle est un moteur technologique et industriel qui permet à la France de rayonner. Elle est la base sur laquelle repose notre statut de grande puissance technologique, et contribue à maintenir notre rang parmi les premiers exportateurs mondiaux de matériel militaire. Car, comme on le lit plus haut, le général de Gaulle ne se refusait pas à la coopération. En décembre 2016, la Conseil européen a donné un nouvel élan à la politique de sécurité et de défense commune aux Etats-membres de l’Union européenne, et la France s’appuie évidemment sur cette dynamique, avec les atouts industriels qui sont les siens.

Or, j’entends déjà les critiques : « Comment peut-on parler de souveraineté nationale lorsqu’il s’agit de bâtir une défense européenne. N’y aurait-il pas là contradiction ? » Evidemment, non. Cette nouvelle dynamique européenne n’est pas en contradiction avec la souveraineté de la France, elle inscrit la France dans un ensemble de coopérations qui n’entrent aucunement en contradiction avec la liberté d’user, d’agir et de décider au niveau national. L’armée française n’est pas près de disparaître, et les perpétuelles gesticulations populistes de ceux qui se disent « souverainistes » en disent long sur leur ignorance de la réalité. Mais, comme à leur habitude, ceux-ci préfèrent le mensonge à l’analyse du réel, car il ne s’agit pas pour eux de penser la défense nationale et son ancrage dans une vaste coopération européenne, mais de grapiller des voix. Je me suis toujours refusée à pratiquer ce type de vente aux plus offrants, quitte à ne pas plaire à tout le monde.

A partir du jeudi 12 novembre prochain, j’entamerai avec mon collègue co-rapporteur Jean-Louis Thieriot, député de la 3ème circonscription de la Seine-et-Marne, une série d’auditions pour ce que l’on appelle une mission-flash (c’est-à-dire de moins de deux mois), afin de produire un rapport d’information sur les difficultés que rencontrent nos entreprises industrielles avec les financements bancaires. Il ne nous apparaît pas normal que les banques françaises soient de plus en plus réticentes à l’idée de financer les entreprises de défense, profitant en particulier de la situation sanitaire pour refuser l’accès au financement de ces entreprises dont les carnets de commande sont l’objet d’intenses négociations, et qui travaillent bien souvent en flux tendu. Il en va de l’avenir de la BITD, de notre souveraineté, et partant de la préservation des entreprises françaises porteuses de savoir-faire à même de produire des véritables bijoux technologiques que nous pourrons proposer à la vente, dans le cadre de nos très nombreuses coopérations. Assurer l’avenir de l’industrie de défense, garante de l’excellence technologique de la France est une stratégie de long terme, un objectif s’inscrivant dans le temps, un cap fixé, gaullien, que ne saurait mettre à mal la contingence des soubresauts de l’actualité.

Je ne manquerai pas, évidemment, de vous tenir au courant de ces travaux, et vous invite à en suivre le programme, qui est public, et que l’on peut trouver à cette adresse :

Je vous remercie pour votre attention et l’intérêt que vous portez à mon site et aux travaux qui sont les miens dans l’exercice de mes fonctions. A très bientôt !


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