A quoi servent les opérations extérieures (OPEX) de l’Armée française ?

"Mais peut-être plus fondamentalement - et même si cela peut paraître paradoxal -, ces opérations visent à neutraliser les sources des menaces qui peuvent peser sur le territoire français. L'objectif est aussi d'assurer la protection et la sécurité de la France."

De manière hebdomadaire, le Ministère de la Défense publie un point de situation des opérations extérieures des Forces armées françaises. L’armée française est engagée un peu partout dans le monde : on pense à l’opération « Barkhane » contre les djihadistes au Sahel (4000 militaires), à l’opération « Chammal » en Irak, et en Syrie contre Daech (4000). Trois décennies de sous-financement budgétaire ont sérieusement affecté les capacités des armées. Fort heureusement, la loi de programmation militaire 2019-2025 (LPM) portée par l’excellente ministre des Armées Florence Parly a permis de remédier à cette situation. Née de la volonté du Président Emmanuel Macron de redonner du souffle à nos armées, la LPM a porté la provision des OPEX à un niveau plus proche des nécessités stratégiques. Ainsi, le montant de la provision qui était fixé à 450 millions d’euros entre 2014 et 2017 a été rehaussé progressivement, pour atteindre 1,1 milliard d’euros en 2020.

Carte des déploiements opérationnels des forces armées françaises (Source : Etat-Major des Armées/Droits : Ministère de la Défense)

Reconnue comme la meilleure armée européenne en raison de la cohérence de ses décisions et de l’efficacité de ses Etats-majors, l’armée française a une façon particulière de faire la guerre, faite de lucidité quant à ses propres ressources et de capacité à ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre. Elle est la spécialiste des opérations modestes, discrètes, mais meurtrières. Et cela fonctionne, comme le prouve le succès de l’opération Sangaris en Centrafrique et au Mali. Comme le déclarait Seidik Abba, journaliste et écrivain, chroniqueur pour lemondeafrique.fr dans une interview pour France info en 2016 : “Si Sangaris n’était pas venue, l’engrenage se serait amplifié et on serait peut-être dans la situation du Rwanda en 1994 où on est arrivé en peu de jours à 800 000 morts. (… ) On peut estimer que l’opération a été un succès.”

Or ces derniers l’on voit poindre, ici ou là, des esprits chagrins qui regrettent un “enlisement” au Sahel. Huit ans là-bas, serait-ce huit ans de trop ? Il est vrai que la France a payé le prix du sang pour 50 de ses militaires, et c’est un prix auquel on ne s’habitue guère. Rappelons tout de même quelques données historiques : Le 11 janvier 2013, la France lance l’opération Serval au Mali pour enrayer la progression des djihadistes. Fin janvier, les soldats reprenaient Gao, entraient sans combat dans Tombouctou et s’emparaient de l’aéroport de Kidal. Peu après, le Président François Hollande fut accueilli en sauveur.

Le 1er août 2014, Serval fut remplacée par Barkhane, une opération à vocation régionale forte de 3000 soldats français au Sahel. À partir de 2015, les attaques contre les forces sahéliennes ou étrangères se multiplièrent. En mars 2017, la région fut aux prises avec Al Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi), et le groupe État islamique au grand Sahara (EIGS), qui perpétra un nombre considérable d’attaques d’ampleur fin 2019 contre des bases militaires au Mali et au Niger. Barkhane poursuit en 2020 sa politique de neutralisation des chefs djihadistes : le 4 juin, le chef d’Aqmi, l’Algérien Abdelmalek Droukdel, est tué au Mali, ce qui fut accueilli comme un succès majeur. En novembre, ce fut au tour au tour de Bah Ag Moussa, chef militaire du GSIM, d’être abattu par la France. 

Mais tout cela pour quoi, exactement, diront certains ?

L’objectif de ces opérations est de permettre aux États d’assurer leur sécurité de façon autonome. C’est un véritable défi logistique et stratégique. L’appui logistique de Barkhane s’articule autour de trois points d’appui permanents (N’Djamena, Gao, Niamey) dont deux bases aériennes projetées à Niamey et N’Djamena, huit bases avancées temporaires et trois points d’appui maritimes à Dakar, Abidjan et Douala. En cinq ans, Barkhane a permis aux 13 000 soldats des pays du G5 Sahel de suivre des formations dans de nombreux domaines.

Mais peut-être plus fondamentalement – et même si cela peut paraître paradoxal -, ces opérations visent à neutraliser les sources des menaces qui peuvent peser sur le territoire français. L’objectif est aussi d’assurer la protection et la sécurité de la France. Lorsque, par exemple, lors de l’opération “Éclipse”, menée du 2 au 20 janvier 2021 par l’armée malienne et la force française Barkhane, une centaine de terroristes ont été neutralisés, une vingtaine capturés et plusieurs motos et matériels de guerre saisis, c’est la France elle-même que nos courageux soldats protègent.