Un féminisme fondamentalement humain

Auteure avec son époux d'une superbe biographie du grand Condorcet, Elisabeth BADINTER, philosophe toujours soucieuse de son indépendance, sait être fidèle à ce penseur des Lumières, grande tradition universaliste française actuellement attaquée de toutes parts.

Je profite de quelques jours de vacances pour lire ou relire quelques ouvrages, comme celui-là, dont la découverte m’avait marquée à l’époque. Elisabeth BADINTER y exposait les sources anthropologiques, philosophiques, sociologiques, voire psychanalytiques de son féminisme de conquête, profondément humaniste, soucieux d’égalité, que l’on peut opposer, je crois, au féminisme victimaire et naturaliste aujourd’hui dominant.

En effet, je n’ai jamais compris ce que le féminisme avait à gagner en s’attaquant à toutes les formes de masculinités. S’il importe de ne rien passer quant aux abus sexuels si longtemps tus – et c’est une bonne chose que, de nos jours, la parole se libère -, il n’en reste pas moins que le féminisme différentialiste est délétère, puisqu’il s’oppose à l’universalisme issu des Lumières, ce que je ne saurais tolérer, ni dans le débat sur la laïcité, ni dans ceux concernant l’égalité entre les sexes.

Auteure avec son époux d’une superbe biographie du grand Condorcet, Elisabeth BADINTER, philosophe toujours soucieuse de son indépendance, sait être fidèle à ce penseur des Lumières, cette grande tradition philosophique française qu’il s’agit de défendre, tant elle est actuellement attaquée de toutes parts.

En affirmant la transcendance de l’Homme, les nouvelles « Tables de la loi » introduites en 1789 font de lui un dieu. Dorénavant, ce sont les hommes qui légifèrent pour eux-mêmes. C’en est fini de la soumission au père tout-puissant qui décide seul ce qui est bon ou mauvais pour ses enfants. L’idéologie des droits de l’Homme, devenue, au moins en théorie, une véritable religion, a consacré la République des frères, dans laquelle les ressemblances l’emportent sur les différences, l’humanité qui leur est commune les rend tous égaux, indépendamment de leur spécificité religieuse, raciale, économique ou sociale.

[…] bien avant que ne commence la Révolution […] Poulain de la Barre, dans un livre passé inaperçu à l’époque (1673), établit une thèse des plus révolutionnaires : l’égalité des sexes. Pour ce disciple de Descartes, l’égalité est totale parce que, hommes et femmes, doués d’une même raison sont semblables en presque tout.

ELISABETH BADinter, l’un est l’autre. des relations entre hommes et femmes, editions odile jacob, 1986, p. 198.